Le total contresens de « l’étude » sur les croquettes du magazine Bon à savoir
- Muriel Grauer
- 23 janv.
- 4 min de lecture

Je suis vétérinaire, spécialiste des sujets de nutrition. Depuis de nombreuses années mon énergie est consacrée à analyser de manière scientifique et clinique les liens entre l’alimentation des chiens et de chats et leur santé.
Je lis avec intérêt tous les articles et toutes les publications, qu’elles soient scientifiques ou généralistes sur ce sujet. C’est donc avec une grande curiosité que j’ai attaqué la lecture de l’article au titre accrocheur « Bien nourrir son chien sans se ruiner « paru en janvier dans Bon à Savoir.
Les conclusions de ce palmarès et les notes obtenues affirment que parmi tous les sacs d’aliments déshydratés étudiés, l’immense majorité serait parfaitement adaptée.
C’est malheureusement totalement faux et cette étude aux critères fantaisistes passe à côté de l’essentiel de son sujet par ignorance des besoins nutritionnels des animaux autant que par méconnaissance de ce que signifient les compositions inscrites sur les paquets.
Pour commencer, l’étude ne consacre que 60% de la note obtenue à l’analyse des compositions. Les 40% restants sont attribués juste en respectant les bases légales ordonnées et contrôlées par l’Agroscope pour qu’un aliment soit sur le marché helvétique (20%) et par le fait que les recommandations de ration quotidiennes (aussi vagues soient-elles) soient respectés sur le paquet (20%). Ce qui n’a aucun sens et ne prouve absolument pas qu’un aliment soit vertueux ou pas pour la santé.
Mais ce n’est pas le plus grave.
Venons en à l’analyse des compositions. Protéines, graisses et glucides, c’est vrai qu’il serait tellement pratique de pouvoir s’arrêter sur un pourcentage pour juger si c’est suffisant ou pas !
Mais le diable est dans les détails : il y a par exemple graisses animales ou graisses végétales. Elles ne sont pas interchangeables…elles sont au mieux complémentaires. Elles peuvent être qualitativement très différentes. Les additionner sans regarder plus loin est une ineptie.
Le même exercice pour les protéines, simplement regarder le pourcentage est largement insuffisant.Il s’agit de de détailler l’origine des protéines, évidemment essentielles s’agissant de carnivores. Or toutes les protéines ne se valent pas!!! C’est là encore un grave biais méthodologique car les protéines animales et les protéines végétales n’ont pas du tout le même intérêt nutritionnel pour des carnivores stricts ( chats ) ou opportunistes ( chiens).
S’agissant des protéines animales, il faut savoir que les sous produits animaux (la peau, les plumes , les tendons…) sont riches en protéines,…Mais comme elles n’ont pas la même fonction ,elles n’ont pas la même composition en acides aminés que les protéines issues de viande (muscle ). Il ne faut pas être expert en nutrition pour comprendre qu’il vaut mieux donner à manger de la viande (muscle ) ou de la chair d'un poisson à son chien ,plutôt que des protéines issues de sous-catégories.
L’appellation « sous-produits animaux » permet en effet un flou artistique dans lequel on peut facilement dissimuler quelques surprises.
Additionner dans cette étude les protéines de blé, de mais, de riz etc.. et conclure sur la seule base de ce total de catégorie que l’aliment mérite de se hisser au sommet du classement est non seulement trompeur mais tout à fait choquant.
L’étude cite ensuite les glucides, alors que cette catégorie est non obligatoire sur les déclarations .Hydrates de carbone ou ENA ( éléments non azotés ) ne sont d’ailleurs quasiment jamais indiqués, pour la bonne raison qu’ils sont notablement moins chers et qu’ils « remplissent » l’estomac, mais ne servent à rien si ce n’est perturber la digestion d’un carnivore opportuniste qu’est le chien.
Et pour terminer le tour de cette étude désastreuse, pas un mot, sur les températures de cuisson, qui sont essentielles (trop haute température =formation d’acrylamide ), ni sur les additifs qui sont largement problématiques, ni sur les colorants ou les conservateurs.
Cela explique qu’une gamme de croquettes notées dans l’étude « qualité de l’aliment :6 , note globale 5.7 » contiennent 43.7 % d’hydrates de carbone, ait pour 1er aliment des céréales* (dont 12 % de blé complet), et seulement 4 % de viande fraîche de bœuf*, avec de très nombreux additifs nutritionnels et additifs technologiques, antioxydants, colorants, conservateurs. Autrement dit un très mauvais aliment contenant des bombes à retardement pour la santé de l’animal.
Pour conclure ce post, je souhaite m’adresser aux auteurs de cette étude:
Pour quelles raisons pensez-vous que le marché des compléments alimentaire explose actuellement pour les animaux ?
Pour quelles raisons pensez-vous que les animaux sont de plus en plus sujets aux maladies dites de société " cancers, désordre de type surpoids et maladies métaboliques , allergies, troubles de comportement" ? et cette liste est malheureusement loin d’être exhaustive..
Le lien est pourtant évident : manger quelques années des aliments dégradés vous force obligatoirement à puiser dans vos réserves et tôt ou tard vous perdez ce précieux équilibre que l’on appelle la santé, et vous tombez malade.
Sans doute malgré vous, vous avez contribué à propager des contre-vérités et à placer sur un piédestal la malbouffe animale.
Pour un prochain test de consommateur je me tiens à votre disposition pour travailler sur des critères dignes de ce nom.






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